Chance et risque en investissement : pourquoi vos résultats ne disent pas tout

Et si vos résultats ne disaient pas toute la vérité? En investissement, une bonne décision peut mener à un mauvais résultat. Et l’inverse est aussi vrai. Comprendre le rôle de la chance et du risque change complètement la façon d’investir.

Chance et risque en investissement : pourquoi vos résultats ne disent pas tout

Vous pouvez prendre une excellente décision financière… et perdre de l’argent. À l’inverse, une décision prise sur un coup de tête peut parfois rapporter gros. Ce décalage dérange. Il remet en question une idée bien ancrée : si les résultats sont bons, c’est que la décision était bonne. S’il est mauvais, c’est qu’on s’est trompé.

En investissement, cette logique est séduisante. Elle donne l’impression que tout repose sur notre jugement, notre discipline, notre capacité d’analyse. Mais une partie des résultats échappe tout simplement à notre contrôle.

C’est l’un des messages forts de Morgan Housel dans La psychologie de l’argent. Deux forces invisibles influencent constamment nos finances, la chance et le risque. Comprendre leur rôle change la façon dont nous lisons nos relevés de placement… et la façon dont on se juge comme investisseuse ou investisseur.

1. On surestime le contrôle que nous avons sur nos résultats

On aime croire que si nos placements montent, c’est grâce à nous. Et s’ils baissent, c’est forcément qu’on a mal choisi. Cette façon de voir les choses est rassurante, parce qu’elle nous place au centre de l’histoire. Mais la réalité est plus nuancée.

Même les investisseurs aguerris évoluent dans un environnement qu’ils ne contrôlent pas. L’économie, les taux d’intérêt, les décisions politiques, la géopolitique, tout cela peut faire bouger les marchés en quelques heures.

Quand les États-Unis et Israël ont lancé des frappes contre l’Iran à la fin février 2026, les marchés financiers ont réagi dès la réouverture des échanges. Le prix du pétrole a bondi en quelques séances et les principaux indices boursiers ont connu une forte volatilité. Dans un tel contexte, même une stratégie réfléchie peut soudainement sembler « mauvaise » alors qu’elle était tout à fait cohérente au départ.

Comme le souligne Morgan Housel, le monde est trop complexe pour que nos actions expliquent à elles seules nos résultats. Une bonne décision peut mener à un mauvais rendement. Une décision boiteuse peut, parfois, donner un bon résultat. C’est pourquoi il est essentiel de distinguer la qualité d’une décision du résultat qu’elle produit.

2. Les histoires à succès sont biaisées

Lorsqu’on observe des investisseurs qui réussissent, on cherche naturellement à comprendre leur secret. On analyse leur stratégie, leur choix de titre, leur discipline. Sur les réseaux sociaux et dans les groupes de discussion, ces histoires circulent facilement : on voit les rendements, mais rarement tout ce qui entoure ces résultats.

Pour chaque parcours spectaculaire qu’on met de l’avant, il existe une foule de personnes qui ont fait sensiblement la même chose… sans obtenir le même succès. Peut-être qu’elles ont acheté le même titre, mais quelques mois plus tard. Peut-être qu’elles ont eu besoin de vendre plus tôt à cause d’un imprévu. Peut-être qu’un détail fiscal, ou un changement économique ont fait pencher la balance de l’autre côté.

La chance joue un rôle dans la réussite financière, mais on la nomme rarement. Résultat : on se raconte que la stratégie de l’autre est « bonne » et que la nôtre est « la mauvaise », simplement parce que les chiffres ne sont pas aussi impressionnants.

Le problème, c’est qu’en essayant de copier des cas particuliers, surtout les plus spectaculaires, on oublie que leur contexte est souvent unique. Plus une réussite est extrême, plus elle risque d’être influencée par un mélange particulier de circonstances difficiles à reproduire. Pour en tirer de vraies leçons, mieux vaut regarder les grands modèles qui se répètent plutôt que les coups d’éclat isolés. Par exemple : investir régulièrement, rester diversifié, respecter son profil de risque.

3. La frontière entre chance, risque et compétence est floue

Imaginez : vous achetez une action après avoir fait vos devoirs. L’entreprise est solide, ses perspectives sont bonnes et votre horizon de placement est raisonnable. Cinq ans plus tard, le titre a à peine bougé. Était-ce une mauvaise décision?

Peut-être. Mais c’est aussi possible que cette décision avait, au moment où vous l’avez prise, de bonnes chances de réussir. Et vous êtes simplement tombé du « mauvais côté » de la probabilité. C’est ça, le risque : se retrouver du côté de ceux pour qui ça se passe mal, même si la décision, statistiquement, avait plus de chances de bien tourner.

À l’inverse, quelqu’un peut investir sur un coup de tête, sans réelle analyse, et obtenir un rendement spectaculaire parce qu’il s’est trouvé au bon endroit au bon moment. On parlera alors de flair, d’intuition, de talent. Pourtant, une partie importante de ce résultat relève de la chance.

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Le piège, c’est de juger nos décisions uniquement à travers le prisme du résultat. Si ça marche, on conclut qu’on est « bon ». Si ça ne marche pas, on se dit qu’on est nul ou qu’on n’est « pas fait » pour investir. Cette lecture nous pousse à modifier notre comportement pour de mauvaises raisons. Changer de stratégie trop vite, courir après ce qui vient de bien performer, abandonner des approches sensées juste parce qu’elles traversent une mauvaise séquence.

4. Ce que ça change concrètement pour vous

Reconnaître le rôle de la chance et du risque ne veut pas dire que tout est fait au hasard et que vos décisions n’ont plus d’importance. Au contraire. Cela veut dire que votre priorité n’est pas d’avoir raison à chaque coup, mais de construire une situation financière qui peut encaisser les surprises sans vous mettre en danger.

Concrètement, ça se traduit par quelques principes simples :

  • Diversifier vos placements, pour qu’un échec ponctuel ne prenne pas toute la place.
  • Éviter les mises « all-in » sur une idée, un titre, un secteur ou une mode du moment.
  • Garder une marge de sécurité (liquidités, fonds d’urgence, horizon réaliste) pour ne pas être forcé de vendre au pire moment.
  • Juger vos décisions sur ce que vous saviez au moment où vous les avez prises, pas seulement sur le résultat quelques mois plus tard.

Une mauvaise décision ne devrait jamais compromettre l’ensemble de votre situation. Tant que vous restez dans la course, vous avez la possibilité de vous reprendre, d’apprendre, et de bénéficier, vous aussi, du bon côté de la probabilité.

Et c’est exactement l’objectif d’EN ROUTE. Vous aider à comprendre ce que vous faites, à développer votre propre jugement et à bâtir une stratégie qui tient compte, dès le départ, de la part d’imprévu. Pas pour éliminer le risque ou la chance, c’est impossible. Mais pour être en mesure de continuer à avancer, même lorsque les résultats ne sont pas au rendez-vous.

En conclusion

En investissement, tout ne dépend pas de vous. C’est une réalité difficile à accepter, mais essentielle à comprendre. Vos résultats seront toujours influencés, en partie, par des facteurs que vous ne contrôlez pas. La chance peut amplifier un bon coup. Le risque peut faire dérailler une décision pourtant réfléchie.

Cela ne signifie pas que vos choix n’ont pas d’importance, au contraire. Cela signifie que vous devez vous appuyer sur des décisions solides, adaptées à votre réalité, plutôt que de chercher à reproduire les résultats des autres. Avec le temps, ce sont ces décisions cohérentes qui font la différence, bien plus que les coups d’éclat.

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Lyne Desruisseaux

Directrice de contenu • Educfinance

Experte en finances personnelles, Lyne se passionne pour la production de contenu éducatif visant à démystifier le sujet.

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