« Combien de temps faudrait-il à un escargot pour traverser le Canada? » Voilà le genre de question qu’on peut poser à l’intelligence artificielle. Malgré l’empreinte environnementale de cette technologie, plusieurs n’hésitent plus à la consulter pour les questions les plus farfelues.
Mais l’IA sert aussi à s’informer sur des sujets plus sérieux. Selon un sondage Léger réalisé pour l’Autorité des marchés financiers (AMF), 30 % des Québécois l’ont utilisée pour s’informer sur leurs finances personnelles en 2026, contre 23 % en 2025. Parmi ces utilisateurs, 37 % l’ont notamment consultée au sujet de l’épargne et des placements.
Or, une mauvaise recommandation financière peut avoir des conséquences irréversibles. J’ai donc voulu vérifier la qualité des conseils et les risques associés à l’IA en matière d’investissement.
Pour cette expérience, j’ai soumis exactement le même scénario à trois intelligences artificielles. Leur mission : proposer un portefeuille de placement de 10 000 $ à une investisseuse québécoise.
Voici le résultat de ma petite enquête.
Comment j’ai testé les trois IA
Pour réaliser cette expérience, j’ai choisi trois outils d’intelligence artificielle accessibles gratuitement : ChatGPT, Gemini (Google) et Claude (Anthropic). Je voulais reproduire une situation dans laquelle une personne sans expérience en investissement autonome demande conseil à l’IA.
J’ai créé le profil fictif d’une Québécoise de 42 ans, disposant de 10 000 $ à investir dans son CELI. Elle gagne 85 000 $ par année, possède un fonds d’urgence et n’a aucune dette à taux d’intérêt élevé. Son objectif est de faire fructifier son argent pendant au moins 15 ans. Sa tolérance au risque est modérée. Elle accepte que ses placements fluctuent, mais une perte temporaire de 20 % la rendrait anxieuse.
J’ai soumis exactement la même demande aux trois IA : « Comment investirais-tu ces 10 000 $ à ma place? » Je leur ai demandé de préciser les placements recommandés, leur répartition, les frais et les risques associés.
Après leurs premières recommandations, deux outils m’ont posé des questions pour mieux comprendre la situation financière de notre investisseuse (Claude et ChatGPT). J’ai fourni les mêmes renseignements supplémentaires aux trois modèles, notamment sur son REER, son régime de retraite et ses cotisations futures au CELI.
J’ai finalement comparé leurs premières propositions avec leurs recommandations révisées. Mon objectif n’était pas de déterminer quel portefeuille rapporterait le plus, mais de vérifier si les IA proposaient des placements cohérents avec le profil de l’investisseuse. Je voulais aussi savoir si leurs conseils évoluaient quand elles obtenaient davantage d’information.
💡 Fait intéressant : dès le départ, Claude et Gemini ont précisé qu’ils n’étaient pas des conseillers financiers et que leurs recommandations étaient fournies à titre informatif et éducatif seulement.
Trois IA, trois portefeuilles différents
Premier constat : les trois intelligences artificielles ont privilégié des fonds négociés en Bourse (FNB) diversifiés, plutôt que de recommander l’achat d’actions individuelles.
Leurs propositions initiales étaient toutefois loin d’être identiques! ChatGPT, Gemini et Claude ont recommandé des portefeuilles dont la proportion d’actions variait de 20 % à 60 %. Après avoir reçu des renseignements supplémentaires sur la situation financière de l’investisseuse, cet écart s’est même accentué.
L’une des IA a augmenté la proportion d’actions de son portefeuille à 70 %, une autre a conservé sa répartition initiale de 60 %, tandis que la troisième a maintenu une approche beaucoup plus prudente avec seulement 20 % d’actions.
Comment les IA justifient-elles leurs choix?
Voici comment chacune des trois IA a analysé le profil présenté et les placements recommandés.
Claude : davantage d’actions après les précisions
Claude a d’abord recommandé VBAL, un FNB équilibré composé d’environ 60 % d’actions et de 40 % d’obligations. Après avoir appris que l’investisseuse possédait d’autres placements et qu’elle ne vendrait pas immédiatement en cas de baisse, l’IA a augmenté la proportion d’actions.
Elle propose désormais de répartir les 10 000 $ également entre VBAL et VGRO, deux FNB de Vanguard. Selon elle, les renseignements supplémentaires permettent d’envisager un portefeuille davantage axé sur la croissance.
Gemini : une approche équilibrée qui ne change pas
Gemini a conservé sa recommandation initiale. Un portefeuille composé d’environ 60 % d’actions et de 40 % d’obligations, au moyen d’un FNB comme XBAL ou VBAL.
Contrairement à Claude, les précisions supplémentaires ne l’ont pas amenée à modifier le niveau de risque. Gemini a également évoqué la possibilité de recourir à un robot-conseiller pour faciliter les premiers pas en investissement autonome.
ChatGPT : la prudence avant tout
ChatGPT s’est montré nettement plus conservateur. Dès sa première réponse, il a proposé VCIP, un FNB de Vanguard composé d’environ 20 % d’actions et 80 % d’obligations.
Même après avoir obtenu les renseignements supplémentaires, il a maintenu sa recommandation. Sa principale préoccupation demeure l’inconfort de l’investisseuse devant une perte temporaire de 20 %. Selon lui, un portefeuille plus prudent pourrait l’aider à conserver ses placements pendant les périodes difficiles.
Les trois IA n’ont donc pas accordé la même importance aux mêmes renseignements. Claude a surtout retenu la capacité de l’investisseuse à traverser une baisse sans vendre. ChatGPT a privilégié son inconfort face aux pertes, tandis que Gemini a maintenu une position intermédiaire.
L’IA tient-elle compte de votre situation financière?
À première vue, les trois intelligences artificielles s’en sont plutôt bien tirées. Aucune n’a recommandé d’action individuelle ou de placement spéculatif. Elles ont toutes privilégié des FNB diversifiés, dont les frais de gestion sont relativement faibles. L’horizon de 15 ans a probablement influencé leurs conclusions.
Mais recommander un bon produit ne signifie pas nécessairement proposer une stratégie adaptée à la personne qui investit.
Des placements intéressants, mais une analyse incomplète
Les trois IA ont accordé beaucoup d’importance à l’horizon de placement de 15 ans et à la tolérance au risque de notre investisseuse. Même si elles ne l’ont pas toutes interprétée de la même façon. Elles ont également tenu compte, à différents degrés, des renseignements supplémentaires concernant ses autres placements.
Toutefois, aucune ne connaissait la composition exacte de son REER ni celle de son régime de retraite. Impossible, dans ces conditions, de déterminer avec précision la répartition globale de ses investissements.
Claude a quand même recommandé d’augmenter la proportion d’actions du CELI sans connaître la composition des autres placements de l’investisseuse. Or, son REER et son régime de retraite sont peut-être déjà fortement exposés aux marchés boursiers.
ChatGPT, de son côté, a privilégié la stabilité en recommandant un portefeuille composé à 80 % d’obligations. Cette prudence pourrait convenir à une personne qui supporte difficilement les pertes. Mais sur un horizon de 15 ans, elle pourrait aussi limiter le potentiel de croissance.
💡Avant d’investir dans un CELI, vérifiez vos droits de cotisation disponibles dans Mon dossier de l’ARC. Attention, les renseignements de l’ARC peuvent ne pas refléter les cotisations et retraits récents. Vous devez donc consulter vos propres relevés pour éviter de cotiser en trop.
Investir seul ou se faire accompagner?
Autre observation intéressante : les trois IA se sont surtout concentrées sur les placements à acheter.
Gemini a évoqué la possibilité de recourir à un robot-conseiller, une solution qui permet de déléguer une partie de la gestion du portefeuille. Toutefois, aucune des trois n’a véritablement comparé les avantages et les inconvénients de l’investissement autonome avec ceux d’un accompagnement professionnel.
David de Ladurantaye, planificateur financier indépendant et formateur chez Educfinance, a relevé cette lacune dans ses commentaires sur l’expérience. Selon lui, les IA ont tendance à privilégier l’investissement autonome, notamment en raison de ses frais moins élevés, sans suffisamment considérer la dimension humaine et émotionnelle des décisions financières.
Pourtant, une personne qui débute a besoin de plus d’informations et de matière à réflexion qu’une simple liste de placements. Comprendre ses réactions devant les fluctuations des marchés et déterminer le niveau de risque qu’elle peut réellement supporter font aussi partie de la démarche.
Le risque d’avoir trop confiance
Les réponses des trois IA étaient détaillées et généralement bien structurées. Elles expliquaient leurs choix, présentaient les frais et fournissaient des indications pour acheter les placements proposés.
Cette apparente maîtrise peut toutefois donner une impression trompeuse. La formulation est convaincante, mais les informations ne sont pas nécessairement justes pour autant.
L’IA travaille uniquement avec les renseignements qu’on lui fournit et les hypothèses qu’elle en tire. Elle peut donc passer à côté d’éléments importants sans que l’utilisateur s’en rende compte.
Pour une personne qui débute en investissement, il est difficile de savoir si les conseils offerts sont complets. Et encore moins s’ils sont adaptés à sa situation.
À retenir
- L’IA peut vous aider à comprendre les placements, mais ne peut décider à votre place.
- Avec les mêmes informations, trois IA ont proposé des profils de risque différents.
- Vérifiez toujours les frais, le symbole boursier et la fiche du fonds auprès de l’émetteur.
- Ne partagez jamais de documents ou de numéros personnels avec une IA.
- Avant d’investir, regardez votre situation globale. Entre autres : CELI, REER, régime de retraite, dettes et tolérance au risque.
Peut-on se fier aux informations fournies par l’IA?
Les trois IA ont fourni des réponses détaillées, avec des noms de placements, des symboles boursiers et des estimations de frais. Ce qui donne l’impression que tout a été soigneusement vérifié.
Pourtant, certains renseignements méritent d’être examinés de plus près.
Des frais à vérifier
Les trois IA ont recommandé des FNB existants, accessibles aux investisseurs canadiens. Elles ont aussi correctement présenté leur principale caractéristique : permettre d’investir dans un portefeuille diversifié à partir d’un seul produit.
Après vérification dans les prospectus des fonds, les frais indiqués par les trois IA étaient exacts. Il faut toutefois être prudent. L’intelligence artificielle peut aussi se tromper. Avant d’investir, mieux vaut toujours vérifier les informations directement auprès des émetteurs.
Sur un investissement de 10 000 $, quelques centièmes de pourcentage représentent peu d’argent. Mais les frais s’accumulent au fil des années, particulièrement lorsque le portefeuille prend de la valeur.
Des risques présentés de façon trop rassurante
Gemini a notamment indiqué qu’une crise boursière majeure pourrait entraîner une baisse temporaire de 10 % à 15 % d’un portefeuille équilibré. Elle a ajouté qu’une telle baisse serait normale et temporaire sur un horizon de 15 ans.
Le problème? Rien ne garantit qu’un portefeuille composé de 60 % d’actions et de 40 % d’obligations ne perdra pas davantage. Le temps nécessaire pour récupérer une perte est également impossible à prévoir.
Pour une investisseuse qui affirme être très inconfortable devant une baisse de 20 %, cette nuance n’est pas négligeable.
Finalement, les trois IA recommandent des FNB diversifiés. Toutefois, ces fonds accordent une place importante aux actions américaines, notamment aux grandes entreprises technologiques. Même un portefeuille diversifié n’est donc pas à l’abri des risques liés à certains marchés ou secteurs.
Une réponse convaincante peut aussi être trompeuse
Les trois outils ont reconnu, à différents degrés, les limites de leurs recommandations. Deux ont rappelé que leurs propositions ne remplaçaient pas des conseils financiers personnalisés.
Ces avertissements sont utiles, mais ils ne garantissent pas l’exactitude du reste de la réponse.
Une IA peut fournir des explications claires tout en s’appuyant sur des données approximatives, dépassées ou même fausses. Elle peut aussi présenter des hypothèses comme des conclusions suffisamment solides pour orienter une décision.
Avant d’investir, il est donc essentiel de vérifier les caractéristiques des produits auprès de sources officielles et de s’assurer que la stratégie correspond réellement à sa situation financière.
La sécurité des échanges : quelles informations ne jamais confier à l’IA?
Pour obtenir des recommandations adaptées à votre situation financière, l’intelligence artificielle a besoin de renseignements. Votre revenu, vos dettes, vos placements et vos objectifs peuvent l’aider à formuler une réponse plus pertinente.
Mais jusqu’où devriez-vous aller dans le partage de ces informations?
Attention aux informations personnelles que vous partagez.
Pour mon expérience, j’ai utilisé un profil entièrement fictif. Aucun renseignement personnel ni document financier n’a été transmis aux trois IA.
Cette précaution est primordiale. Les informations saisies dans un outil d’intelligence artificielle peuvent être conservées et utilisées selon les paramètres du service et sa politique de confidentialité. Certains fournisseurs permettent notamment d’utiliser les conversations pour améliorer leurs modèles.
Avant de partager des renseignements financiers, prenez donc le temps de vérifier les paramètres de confidentialité de l’outil que vous utilisez.
Quelles informations faut-il éviter de partager?
Vous pouvez demander à une IA de comparer des stratégies d’investissement sans lui révéler votre identité ni lui transmettre vos documents financiers.
Évitez notamment de communiquer :
- Vos numéros de compte bancaire, de carte de crédit ou de compte de placement.
- Votre numéro d’assurance sociale (NAS), vos mots de passe et vos codes d’authentification.
- Vos relevés bancaires, déclarations de revenus ou autres documents contenant des renseignements personnels.
- Des informations permettant de vous identifier ou de reconstituer votre situation financière avec précision.
Pour obtenir une réponse utile, des montants approximatifs et un profil anonymisé suffisent généralement.
Investir avec ChatGPT : une bonne ou une mauvaise idée?
Au terme de cette expérience, je dois reconnaître que les trois intelligences artificielles m’ont surprise. Leurs recommandations étaient généralement bien expliquées, les placements proposés étaient diversifiés et les frais relativement faibles. Toutefois, j’ai davantage de réserves quant à leur capacité à recommander des placements adaptés aux besoins de chaque personne. Pour quelqu’un qui souhaite s’initier à l’investissement, elles peuvent constituer un point de départ, mais leurs conseils ne devraient jamais être suivis aveuglément.
Mais un constat demeure : avec exactement les mêmes renseignements, les trois IA ont proposé des portefeuilles dont la proportion d’actions variait de 20 % à 70 %. C’est un écart considérable pour quelqu’un qui s’apprête à investir ses économies.
Laquelle avait raison? Impossible de le déterminer uniquement à partir de cette expérience. Le meilleur portefeuille n’est pas nécessairement celui qui offre le rendement potentiel le plus élevé. C’est celui qui correspond à vos objectifs, à votre situation financière et au risque que vous êtes réellement capable de supporter.
L’IA peut vous aider à comprendre les différents types de placements, à comparer des stratégies et à préparer vos questions avant de rencontrer un professionnel. En revanche, je ne lui confierais pas la responsabilité de prendre mes décisions financières à ma place.
FAQ — Investir avec ChatGPT et l’intelligence artificielle
1. Peut-on utiliser ChatGPT pour choisir ses placements?
ChatGPT peut vous aider à comprendre les différents types de placements et à comparer des stratégies d’investissement. Toutefois, ses recommandations ne tiennent pas nécessairement compte de l’ensemble de votre situation financière. Il vaut mieux l’utiliser comme outil d’information plutôt que de lui confier vos décisions.
2. ChatGPT peut-il recommander des FNB pour un CELI?
Oui. Dans notre expérience, ChatGPT a proposé un fonds négocié en Bourse (FNB) diversifié pour investir 10 000 $ dans un CELI. Avant de suivre une telle recommandation, assurez-vous que le placement correspond à vos objectifs, à votre horizon de placement et à votre tolérance au risque.
3. Quelle est la meilleure IA pour investir : ChatGPT, Gemini ou Claude?
Notre test ne permet pas de désigner une IA gagnante. Avec les mêmes renseignements, les trois outils ont recommandé des portefeuilles très différents. Leurs propositions étaient généralement cohérentes, mais aucune ne disposait de toutes les informations nécessaires pour évaluer la situation financière globale de l’investisseuse.
4. Quels sont les risques d’utiliser l’intelligence artificielle pour investir?
L’IA peut fournir des informations inexactes ou incomplètes et présenter ses recommandations avec beaucoup d’assurance. Elle peut aussi sous-estimer certains risques. Avant d’investir, vérifiez les renseignements auprès de sources officielles et évitez de partager vos données financières personnelles.
🛑 Avant d’investir
- Vérifiez vos droits de cotisation CELI.
- Confirmez le nom exact, le symbole et les frais du FNB sur le site de l’émetteur.
- Déterminez votre répartition globale entre CELI, REER et régime de retraite.
- Simulez votre réaction à une baisse de 10 %, 20 % ou 30 %.
- Choisissez entre investissement autonome, robot-conseiller ou accompagnement professionnel.
- Ne partagez aucun renseignement personnel sensible avec une IA.
Et pour savoir combien de temps prendrait un escargot à traverser le Canada? Nul besoin d’avoir recours à l’IA. Selon Bayard jeunesse, la vitesse d’un escargot est de 9 mètres par heure, soit 0,009 km/h. D’un océan à l’autre, la Transcanadienne parcourt une distance d’environ 7 821 km. Une petite règle de trois nous donne comme résultat : 36 208 jours!
Avertissement :
Le test a été réalisé le 2 novembre 2026 avec les versions gratuites de Claude, Gemini et ChatGPT à partir de comptes anonymes. Les réponses obtenues dépendent des renseignements fournis et peuvent varier d’une session à l’autre ou selon la version IA utilisée. Les rendements historiques des portefeuilles proposés n’ont pas été comparés. Une nouvelle expérience pourrait donc donner des résultats différents.
